Le nationalisme est soluble dans l’écosocialisme.

Cette période de crises systémiques économique, démocratique, écologique, voit une montée en puissance du nationalisme1, en France comme partout, non seulement à travers l’apparente progression du Front National2, mais surtout par la légitimation des Le Pen par une oligarchie qui voit là son dernier recours pour éviter ce qui adviendra quoi qu’il en soit : l’écosocialisme.

Des individus contre les Peuples

Adam

Mosaïque de la Chapelle Palatine (Palerme, XIIe siècle)
Tu gagneras ton pain à la sueur de ton visage. (Genèse, III, 16-19)

Nos civilisations modernes3 se sont construites sur les monothéismes. De là a été posée l’idée que le salut de l’Homme viendrait de son travail sur la nature dont il pouvait utiliser toutes les ressources. Nos civilisations pensent le progrès technique comme l’Arche qui nous sauvera du déluge que la nature déverse sur nous, coupable que nous sommes d’avoir ouvert les yeux4. Grâce à la raison et au travail qu’elle organise, nous pourrons alors nous « rendre comme maître et possesseur de la nature5 ». De là le machinisme, la production de masse, le capitalisme, et le libéralisme seul système capable d’écouler des monceaux d’objets qui deviendront bons parce qu’on nous les fait désirer6.

Il faut alors niveler nos désirs, les rendre semblables pour tou-te-s et les multiplier pour que tout le monde consomme beaucoup de choses, toutes les mêmes, et ainsi nier les différences en sur-valorisant la liberté individuelle sous couvert de tolérance7. Pour chaque individu rendu ainsi seul face à lui-même, tout se vaut, tout vaut, tout se vend. Chacun devient interchangeable pour peu qu’il se plie à la norme. La survie de chaque individu n’est alors possible qu’à la condition de la précarité des conditions de cette survie. Ainsi va la société de consommation se recroquevillant sur ses individualismes et communautarismes, les Hommes ne pensant plus qu’à leurs « petits et vulgaires plaisirs…Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine...8 ». Je n’ai donc plus d’attachement au genre humain qu’à travers mes proches, les autres n’étant là que pour servir mes désirs, réduits à des valeurs d’usages que je tolère si je ne peux pas les éliminer9 ou les remplacer. Ce qui semble être un déterminisme social apparaît alors comme indépassable pour chacun-e d’entre-nous réduit à penser que personne n’y peut rien, qu’il n’y a pas d’alternative10.

foules soldes

Tout le monde sait que ce modèle est intenable, qu’il contient en lui-même sa propre corruption. Tout le monde se sent alors corrompu, coupable de la lâcheté d’en profiter mais en même temps, vouloir changer ce « destin » apparaît comme une utopie dangereuse qui ne réussirait que par la violence. On pourrait donc croire ce combat perdu d’avance sauf à imaginer une révolution violente, insensée qui « rééduquerait » les Peuples contre eux-mêmes.

L’internationalisme des Peuples est celui de la nature

Ce modèle s’appuie donc sur l’idée d’une croissance infinie, elle-même établie sur la croyance en une nature aux ressources infinies au service de l’Homme. Seulement aujourd’hui, la conscience collective et la science, même la plus réticente, reconnaissent qu’on ne peut pas puiser indéfiniment dans la nature ; elle a ses limites et ce seront les nôtres.

Il s’agit alors de repenser notre vision de la société en fonction de ces nouvelles données. Mais la nature n’est pas française, pas plus qu’elle n’est européenne ou orientale. Pas plus que le nuage de Tchernobyl ne s’est arrêté à la frontière franco-allemande, les problèmes écologiques ne peuvent se penser dans le cadre restreint des nations. La forêt amazonienne11 est sans bornes. Dans ce sens, tout nationalisme est anti-écologique et une négation des Droits fondamentaux de l’humanité12. Aucun problème écologique ne peut trouver de solution nationaliste si la pensée de cette nation ne s’ouvre pas à l’internationalisme. Mais ne nous y trompons pas pas, la mondialisation n’est pas l’internationalisme.

Le capitaliste n’est pas internationaliste, il est mondialiste, ce n’est pas la même chose.

Dessin Titom

Dessin Titom

Ce qui le relie au monde, c’est l’extension du marché, la possibilité d’y écouler ses productions et d’y trouver de la main d’oeuvre toujours moins chère. L’idée de solidarité entre les Peuples et la conception de l’Intérêt général humain ne lui échappent pas, il les combat en les fourvoyant. Voilà pourquoi la liberté des Peuples et la préservation de la nature ne l’interpellent que lorsqu’elles représentent un obstacle à la libéralisation du marché . Penser l’indépendance énergétique de la France, par exemple, revient à aller faire la guerre au Mali pour protéger nos mines d’uranium sous prétexte de libérer un pays du terrorisme13. On atomise alors les peuples en leur refusant leur autonomie au nom des Droits de l’Homme.

L’internationalisme des Peuples est celui de la nature. Il n’y a pas d’écologie sans pensée d’une égalité réelle des Peuples et des Êtres humains qui les constituent. La nature ne peut pas plus que les Peuples être mise en concurrence. Il s’agit alors de remplacer la concurrence par la coopération. Mais il ne faut pas confondre les moyens et la fin. Le protectionnisme solidaire dont nous parlons est celui qui permettra la rupture nécessaire avec un modèle économique agonisant. Il est question ici de refonder le modèle des coopérations internationales sur une vision écosocialiste internationale qui émergera nécessairement du marasme actuel. N’est-ce pas d’ailleurs ce que dit l’article 1 de la Charte des droits fondamentaux, qui pose le droit au respect à la dignité humaine ?

« La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée.« 

Ajoutons à cela un prise en compte d’un droit de la nature et on comprend que protéger les productions et les importations, dans une coopération internationale, avec des critères sociaux et environnementaux, c’est protéger tous les travailleurs du monde et la nature dans son entier. Vouloir rompre avec la mondialisation capitaliste, ce n’est pas renoncer à l’objectif d’une coopération internationale. Au contraire, c’est le seul moyen de renouer avec cet espoir. La souveraineté d’un pays n’est pas une exigence morale ou supérieure, c’est une responsabilité par laquelle un pays doit engager une coopération sans frontières permettant par des actions et des développements locaux, de préserver l’Intérêt général humain et de développer partout un Indice de développement humain15 au-delà de la seule mesure du Produit intérieur brut. Par exemple, c’est bien par le retour à un pôle 100 % public de l’énergie et par une volonté nationale de combattre la précarité énergétique que nous lutterons à la fois contre la pauvreté et contre le réchauffement climatique.

La question est de savoir si nous réussirons à poser le vernis écosocialiste dans les consciences avant que le nationalisme les ait rongées ? Voilà pourquoi faire le procès du Parti de Gauche en le taxant de nationaliste c’est en ignorer ses fondements et méconnaître ses buts, mais c’est aussi disperser les consciences et affaiblir nos luttes communes.

Le nationalisme est un corps étranger de l’écosocialisme.

Le seul nationalisme en France aujourd’hui est celui qui s’appuie sur le rejet de l’autre. Le nationalisme du FN14 est donc celui qui, en s’appuyant sur la préférence nationale, prétend sauver le Peuple français des affres de la mondialisation. Il se pose alors comme sauveur des travailleuses et des travailleurs face à une concurrence étrangère (les ouvriers comme les marchandises) néfaste. Il joue sur la confrontation entre la préservation de l’activité, de l’économie libérale, des valeurs nationales contre l’invasion étrangère. Voilà pourquoi le capitalisme peut très bien s’accommoder du nationalisme, il s’en est même souvent enrichi. Mais cette partition, issue du poujadisme, manque de portée et si elle a encore une chance d’aboutir (politiquement), elle deviendra vite de plus en plus inopérante avec l’émergence nécessaire de l’écosocialisme. Les exigences que nous imposent 7 siècles d’asséchement des réserves naturelles interdisent tout salut dans le repli nationaliste, égoïste donc xénophobe.

La lutte contre le nationalisme sera donc la lutte pour l’écologie politique, pour l’écosocialisme.

Parler de Peuple ne pourra plus se faire sans parler de la nature. Ainsi, penser LA nature, c’est penser LES Peuples, c’est penser l’Intérêt général humain.

ecosocChaque individu, justement parce qu’il est enfermé dans son individualisme, se ralliera nécessairement à la mise en place d’une pensée internationaliste qui prendra en compte l’écosocialisme. La seule pensée qui s’imposera par la nécessité de la survie des égoïsmes est paradoxalement ce qui les fera disparaître : l’écosocialisme. D’abord poussé à limiter ses désirs pour ne pas les voir tous brimés, chacun-e verra la nécessité de redonner une valeur à ce qu’il consomme. Il faudra bien alors considérer la valeur de celles et ceux qui le produisent. Et ce jugement ne pourra plus se faire à la mesure de son seul intérêt égoïste mais il faudra bien, sous peine de ne plus trouver de quoi survivre, apprécier comme une évidence la supériorité de l’Intérêt général humain. C’est alors que tout nationalisme sera rejeté hors du corps social, par la nature elle-même, comme un corps étranger, comme une vieux morceau de dent resté là après l’arrachage d’un capitalisme trop gâté.

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1 Il existe plusieurs formes de nationalisme, celui dont nous parlons ici est bien celui qui repose sur la xénophobie et le chauvinisme, celui qui s’appuie sur la « préférence nationale ». Une partie du NPA, et avec elle la plupart de celles et ceux qui veulent l’assimiler avec le FN, on accusé le Parti de Gauche d’être nationaliste et chauvin. Nous avions déjà démontré ici une des erreurs fondamentales sur laquelle repose cette appréciation, nous espérons apporter ici une seconde raison, de nature différente.

2 Il ne s’agit pas nier l’importance du FN, sinon ce papier n’aurait aucun sens. Il s’agit, par cette expression, du signaler que le résultat du FN au dernières élections nationales n’est que le total cumulé des voix d’extrême-droite de 2007, plus celles perdues par Nicolas Sarkozy. Le résultats des législatives partielles dans la circonscription de Cahuzac sont à prendre au sérieux mais ne peuvent être déconnectée d’un contexte particulier

3 Cette vision est moderne au sens ou elle s’oppose aux conceptions archaïques (même antiques) du Monde. Les « peuples premiers » ne considèrent (considéraient) pas la nature comme un lieu où l’on peut puiser pour satisfaire les besoins humains mais comme un milieu d’échange auquel ils participent. En ceci, l’émergence des monothéismes marque un nouveau modèle.

Genèse Livre 1 Chap.3

« …mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.

Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.

Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.

Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ?

Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. »

5 Descartes, Discours de la méthode (1637), 6e partie, Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1966, p. 168.

6 Il faudrait bien évidemment retracer les différentes lignes qui relient chaque élément mais ce n’est pas l’objectif ici.

7 La tolérance est de ces concepts qui autorisent la soumission comme si elle naissait de la liberté naturelle. Celui qui tolère donne alors l’autorisation à l’autre d’exister, tant qu’il n’entrave pas sa liberté. Je te laisse faire et penser ce que tu veux si tu me laisses faire et penser ce que je veux. C’est le marché de dupe des forts vis à vis des faibles que dénonçait Rousseau. En donnant beaucoup d’importance à la liberté individuelle (réduite en fait à la satisfaction de désirs égoïstes), les forts prennent le risque de l’anarchie et du conflit de chacun contre chacun. Pour limiter la violence et surtout qu’elle ne se retourne pas contre eux, ils posent la tolérance comme valeur morale et remplacent le respect qui nécessite l’égalité, par un lien de soumission. Ils entérinent les inégalités en laissant croire aux faibles qu’il suffit qu’ils deviennent forts…C’est d’ailleurs de cette critique qu’est né ce blog.

8 Tocqueville, De la démocratie en Amérique, t. II, IVe partie, Chap. VI

9 À ce titre, si vous ne l’avez déjà vue, ne ratez pas la vidéo des soldes chez Virgin

10 There Is No Alternative (TINA) : Théorie politique dont l’acronyme est attribué à Margaret Tatcher

11 Cet exemple renvoie au projet Yasuni ITT dont vous trouverez de nombreux éléments sur le blog de Corinne Morel Darleux.

12 En parlant de Droits humains, il n’est pas question de sombrer dans l’anthropocentrisme ou l’ethnocentrisme, une fois de plus. Il faudrait ici introduire une réflexion sur les Droits de la nature mais le débat est complexe et troublerait le propos.

13 La complexité politique du Mali remonte à son invention arbitraire par la France. La françafrique a créé elle-même les conditions du conflit intérieur en niant la réalité des Peuples et de la nature (voir cet article publié au moment de l’entrée en guerre de la France au Mali).

14 Le nationalisme du FN n’est qu’un aspect du nationalisme. Depuis l’ère Sarkozy, toute une partie de la droite française participe à l’expansion de ces idées et les passerelles sont de plus en plus évidentes.

15 Je ne rentrerai pas ici plus avant dans l’idée du protectionnisme solidaire ni dans celui d’Indice de développement humain. J’espère pouvoir en faire un billet rapidement. En attendant, je vous renvoie au dernier rapport sur le développement humain et à différents articles sur le protectionnisme solidaire, ici ou ou encore par là ou par ici.

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