Cher-e-s ami-e-s-, cher-e-s camarades qui avez fait une si belle campagne !

Initialement destiné à mes camarades de la Région Rhône-Alpes aux côtés de qui j'ai coordonné la campagne des européennes du FDG à la demande de Eric Coquerel, ce mot de remerciements s'est transformé en billet politique. Il me semble concerner tout notre parti, je le publie donc ici.

J’ai pris quinze jours avant de vous écrire, figé, comme beaucoup d’entre-vous sûrement, par cette soirée du 25 mai 2014. Ce mot n’est donc pas rédigé en tant que coordinateur de la campagne des européennes mais au titre de simple militant.

Je ne ferai pas ici de spéculations sur les raisons qui ont amené la France à redessiner son paysage politique. Elles sont multiples, chacune avec une importance différente, mais elles ont toutes contribué à ce que le Front National se retrouve en position de prendre le pouvoir dans notre pays. Et dans ce paysage, les français ne nous ont donné qu’une toute petite place.

Quinze jours, c’est le délai minimal pour pouvoir commencer à penser sereinement après un tel choc. Je vous conseille d’ailleurs le dernier billet de Eric qui, au milieu des dizaines d’appels, de leçons données et de solutions toutes plus simplistes les unes que les autres faites sur de nombreux blogs, pose les problèmes auxquels il nous faudra faire face dans les années à venir ( http://www.eric-coquerel.fr/node/213).

Un constat d’échec est une force

En 2009, à la fondation du Parti de Gauche, nous avions 3 objectifs : passer devant le PS, atomiser le FN et porter la parole du Peuple. Le FN finit en tête des dernières élections et nous, nous ne sommes pas vraiment plus haut qu’en 2009. Il n’y a guère que quelques exceptions aux municipales qui nous font passer devant le PS et parfois même remporter l’élection. Grenoble en étant le plus bel exemple !

Il me semble que c’est de là que nous devons repartir.

Nous ne sommes pas le grand parti du peuple que nous espérions devenir. Pas encore. Nous devons constater notre échec. Et quand bien même la force appelle la force, il n’empêche que reconnaître ses limites c’est déjà se donner les moyens de les dépasser et reconnaître ses erreurs permet de les redresser.

Ce temps doit venir. Non pas le temps de l’autocritique mais celui de l’analyse sérieuse, sans arrière-pensée. Le temps de comprendre ce que les français veulent dire et ce que la situation politique nouvelle exige de nous. Sinon nous sommes perdus et nous le savons tou-te-s, notre idéal de société aussi.

Pour réinstaller la vie sur un territoire dévasté il faut repartir de ce qui a survécu. Et des choses importantes aujourd’hui existent dans notre parti.

 Repartir de là où est la vie

Le premier de nos atouts, et je ne l’ai jamais autant ressenti que lors de ces dernières élections européennes, c’est notre force militante. Pendant ce mois de campagne j’ai eu l’occasion de croiser en Rhône-Alpes une humanité véritable, convaincue de ce qu’elle portait et prête à le défendre avec force. J’ai rencontré partout la même envie de faire aboutir notre projet, de le faire comprendre et d’y inclure tout le monde. Et je vous remercie tou-te-s de cette joie humaine dont vous savez enrober nos combats. Bien que nous ne soyons pas parvenus aujourd’hui à notre objectif, cette force est là et nous ne devons pas la laisser s’épuiser.

Nous devons donc lui donner un espoir. Et il existe. Depuis le soir des municipales, nos regards sont sans cesse attirés par la belle réussite de Grenoble. Et les Grenoblois ont encore montré leur dynamique lors du meeting du 12 mai dernier. D’ailleurs cette dynamique qui a permis de rassembler 1000 personnes là où d’aucuns nous disaient qu’on n’en ferait pas 500 (même dans nos rangs), est venue de tout Rhône-Alpes ! Il me semble que cette puissance d’action doit être un point d’appui essentiel pour nous mais aussi pour notre Parti.

Ensuite, si on regarde nos meilleurs résultats lors de ces élections, nous les obtenons dans le Sud-ouest avec Jean-Luc Mélenchon et dans le Centre avec Corinne Morel Darleux. Plusieurs choses sont à noter sur le Centre dont l’Auvergne pourrait fusionner avec notre Région, selon le fait du Prince Hollande et de ses Pages socialistes.D’une part les conditions de départ (comme dans le Sud-Est où les difficultés ont duré toute la campagne) ont été très difficiles au sein du Front de Gauche. Mais d’autre part nous devons retenir que dans ce contexte, Corinne arrive devant EELV ! Enfin, le FDG fait 8,5 % des exprimés en Auvergne, c’est la plus forte progression de la circonscription avec + 9,2 % de hausse du nombre d’électeurs par rapport à 2009 et + 35 % des voix en Haute Loire et + 28% dans le Cantal.

Si on regarde où est la vie de laquelle nous devons repartir, c’est bien de ce qui se passe à Grenoble et de ce qui s’est passé en Auvergne. La vie repartira du terrain en y installant et en y développant notre projet écologique et social. L’avenir du Parti de Gauche, c’est l’écosocialisme.

 Ne pas confondre l’origine, la fin et les moyens

Les électeurs du Front National ne sont pas tous des racistes et des xénophobes et il est injuste de faire porter la responsabilité de la montée de l’extrême-droite aux abstentionnistes. Une bonne partie des premiers et quasiment tous les seconds n’ont fait qu’exprimer une seule et même chose : le ras le bol des institutions. Celles de l’UE bien sûr, mais aussi de la Vème République.

Mais paradoxalement, si nous croyons faire entendre la voix du peuple en orientant notre discours sur cette voie de contestation, nous n’arriverons à rien, sauf à paraître courir derrière le FN. Quand un peuple préfère le FN, ou que l’abstention devient structurelle, il reste deux solutions. Ou on croit que le Peuple est prêt à renverser les institutions et à faire la révolution et on devient le NPA ; mais à voir les derniers scores de ce parti on comprend que la France est loin d’en être là ! Ou on comprend que, depuis 2005 et le reniement du référendum, le peuple se lasse qu’on lui rabâche que les institutions sont à bout de souffle, parce qu’il le sait mais qu’il ne voit aucun horizon au-delà de ce constat. Seuls ceux qui apparaissent comme n’ayant jamais vraiment participé aux institutions peuvent avoir un écho. C’est le cas du FN.

Voilà pourquoi vouloir faire de la souveraineté nationale et de la réforme des institutions notre premier objectif politique, ne nous permettra pas de nous faire comprendre. La VIème République est une nécessité pour rétablir une souveraineté populaire. Mais la souveraineté du peuple ne peut pas être présentée comme un aboutissement politique. En République, c’est le point de départ. De l’autre côté, faire de la VIème République notre objectif premier est incompréhensible aujourd’hui pour nos concitoyen-ne-s. D’abord parce que nous apparaissons comme en contradiction à vouloir respecter des règles républicaines que nous disons obsolètes, et ensuite parce que les institutions ne sont qu’un moyen au service du peuple souverain pour porter l’Intérêt général, un projet de société pour tou-te-s. Donc, sans renouveler et réaffirmer un idéal humain qui unisse un peuple, sans dessiner des horizons nouveaux qui mettent ce peuple en marche, promettre des institutions ne sera jamais entendu. D’ailleurs le FN se garde bien de clamer qu’il veut les refonder ! A vouloir combattre sur le terrain de la souveraineté perdue et de la refondation des institutions, nous devenons inaudibles, d’autant que nous ne sommes, nous-mêmes, pas toujours très en avance sur nos pratiques démocratiques et notre rapport souvent utilitariste aux élections (ce point serait à développer car il y a des raisons à cela)…

L’écologie ne peut être que de gauche et la gauche de demain ne peut-être qu’écologiste.

L’écosocialisme est notre projet, il faut maintenant que chacun d’entre-nous puisse s’en saisir et en comprenne l’importance ! Si nous avons un avenir, il doit repartir de notre vision de l’écologie. Et le travail qui a été accompli jusqu’à aujourd’hui est un fondement assuré. Certains voudraient faire disparaître le terme de « Gauche ». Ce serait vouloir trouver un autre mot avant même d’avoir inventé une autre idée. La Gauche existe toujours mais elle ne pleut plus s’asseoir sur son seul discours marxiste. Ce discours n’est peut-être pas obsolète mais il devient inaudible et incompréhensible dans la situation actuelle. La lutte des classes existe, et elle est peut-être encore plus marquée aujourd’hui qu’il y a 10 ans, mais elle n’est plus le socle sur lequel pourrait reposer seul un grand mouvement populaire.

Nous devons maintenant faire comprendre que seule la gauche peut être écologiste et que l’avenir de la gauche d’aujourd’hui est nécessairement écologiste.

 Des objectifs à la dimension de nos capacités

Nous avions des objectifs ambitieux et ils n’ont pas abouti pour la plupart.

Il me semble donc, camarades, que nous devons repenser nos fondements et repenser notre rassemblement au delà de notre Parti, sur la base de ce qui vit encore.

Nous devons donc travailler à des objectifs clairs et précis, avoir des projet de terrain. Nous pouvons porter, avec d’autres forces, l’espoir dont le peuple a besoin. Mais ça ne se fera pas dans des assises du Front de Gauche qui impliquent de fait que le Front de Gauche est La base de notre combat. Nous devons faire les choses dans l’ordre en échappant au temps de la représentation médiatique et à l’emportement de notre désir de prendre le pouvoir avant même de savoir quoi en faire.

Le Parti de Gauche doit se remuer les méninges, vraiment ! Ce moment est nécessaire et pourrait être celui de la participation large de tou-te-s nos adhérent-e-s.

L’année qui vient peut être celle de notre propre formation et d’une grande réflexion sur nos outils d’information.

Enfin et surtout, les mois qui vont nous séparer de la prochaine rencontre avec le peuple doivent être ceux de la recherche, non pas, par simplification, du plus petit dénominateur commun qui nous permettrait des alliances face au danger du FN, sur des accords du moins disant, mais au contraire d’une exigence profonde pour notre société, la seule capable de véritablement défendre l’Intérêt Général humain pour demain : l’écologie sociale.

Nous ne partons pas de rien, il reste de la vie au Parti de Gauche. Et vous le savez comme moi, quelle Région actuellement pourrait le mieux porter un projet comme celui-là si ce n’est la nôtre ? La Région Rhône-Alpes peut être le laboratoire d’une Gauche écologiste qui pourrait même s’étendre jusqu’à l’Auvergne si la refonte des Régions voit le jour !

Vous l’avez compris, ce mois de campagne à vos côtés et l’échec injuste que nous avons tou-te-s subi m’a fait prendre conscience de l’importance que nous avions les uns pour les autres. Ce que nous avons commencé à tisser entre-nous pendant cette bataille, souvent difficile, nous pouvons en faire un levier pour nos départements, pour notre Région mais aussi pour notre Parti.

Merci à tou-te-s pour votre soutien et votre implication hier et pour demain. J’espère qu’ensemble nous pourrons construire le Parti de Gauche qui sera le moteur de l’unité tant attendue, j’espère que demain nous ferons ensemble de notre parti le Parti de la Gauche Écologiste.

Toute mes amitiés écosocialistes.

Didier

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4 réflexions au sujet de « Cher-e-s ami-e-s-, cher-e-s camarades qui avez fait une si belle campagne ! »

  1. Cher Didier, je constate sans surprise que tu as su prendre les précautions oratoires utiles au bon déroulement de la réflexion et des débats qui ne manqueront pas de s’ensuivre. Cela montre bien le souci que tu as de donner toutes ses chances à la poursuite de notre combat. En ce qui me concerne, j’ai de mon coté aussi réfléchis aux causes possibles de nos désillusions. Sans aborder ici l’ensemble des pistes qui pourraient nous éclairer, je propose de mettre en débat la question des réponses que nous serions à même de proposer afin que toutes les formes d’insécurité qui font souffrir notre peuple prennent une place prépondérante dans notre discours.
    Nous devons montrer aux gens que nous nous préoccupons de leur vie au quotidien. Nous devons bien mettre en évidence quelles seront nos priorités une fois qu’ils nous aurons donné les forces nécessaires pour les représenter dans un premier temps puis pour les impliquer dans les prises de décisions concernant leur propre vie. Bref, il nous faut être attentifs à bien décomposer ce qui est du ressort du social de ce qui est du ressort du sociétal dans la perspective d’un changement profond de nos institutions comme outil et non pas comme finalité de notre combat. Je suis entièrement d’accord sur le fait que nous avons besoin de mieux intégrer l’éco-socialisme comme notre objectif politique, ceci afin d’être mieux à même de le faire partager du plus grand nombre.

  2. Ping : Précisions sur le dernier billet | à brûle PourpoinG

  3. Faire de la politique autrement…avec des politiciens qui osent, proposent et avancent en partenariat avec les citoyens ! Vous voulez une meilleure participation des citoyens au système politique alors ayez l’audace de vous réinventer loin des appareils politiques (alliance parti politique + citoyens = associations, syndicats, chômeurs, précaires, ouvriers/ salariés en lutte dans les usines, …) et de rompre avec le PS: vous avez un bon programme : l’écosocialisme, ajouté à cela le concept indispensable de la défense à la fois de l’Etat social et de l’Etat-nation = la souveraineté nationale et populaire de la France vis à vis de l’UE ultra libérale (exemple: la libéralisation du rail votée par le PE) – et je vous affirme que vous aurez fait un grand pas pour mobiliser le peuple ! NB : votre analyse sur la souveraineté nationale est erronée puisque une étude IPSOS effectuée après les élections européennes confirme que près des deux tiers des Français considèrent « qu’il faut renforcer le pouvoir de décision national même si cela limite celui de l’Europe ». De fait, la crise de confiance à l’égard de l’UE crée une demande consensuelle de restauration d’une forme de souveraineté nationale.

    • Bonjour Souria,
      Oui je pense que c’est un des éléments du problème que de rompre avec des appareils usés et discrédités. Pour ce qui est de la souveraineté, je ne dis pas que ça ne préoccupe pas les français, je dis simplement qu’ils rejettent les institutions, et avec, ceux qui disent vouloir les changer tout en y participant. Ils n’y croient plus. Le FN n’a pas de projet de constituante. Il attire parce qu’il veut rompre avec ce qui est et qu’il donne l’impression de n’avoir jamais été compromis par le pouvoir. Promettre une constituante comme fin politique tout en espérant y arriver par le système même qu’on condamne est une contradiction. On peut faire comme le FN et parler des moyens sans parler de la fin… Ou on peut réinventer un projet politique d’envergure, un nouveau contrat sociale fondé sur l’écologie sociale et reconstruire un Intérêt général humain qui réenchante l’avenir. Le tout passant par une constituante (mais ce n’est qu’un passage). Je suis pour la seconde proposition, vous l’aurez compris…

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