Ecosocialisme et VIème République

Voilà une rentrée politique qui interdit les états d’âme ! Et pourtant la disparition de nos camarades Michel-Philippe et Bruno pourrait nous en donner… Mais c’est aussi en leur mémoire de militants inlassables que nous nous remettons au travail, comme ils n’ont cessé de le faire eux-mêmes.

entreerm

De retour du Remue-méninges du Parti de Gauche, on apprend que la Valls des ministres a commencé et que le Bal des Vampires de l’Élysée est ouvert. Les dents longues sont de sortie et peut-être même verrons-nous le retour de la majorité arc-en-ciel, d’EELV au Centre, voire plus ?

Il est donc d’autant plus important de ne pas se laisser emporter dans les rapides du torrent médiatique et de revenir posément sur ce qui s’est passé pendant ces 4 jours de rencontres à Grenoble et ses conséquences.

L’écosocialisme : le cœur et l’âme du PG

ecosocialismeLes deux premiers jours de ces « universités d’été » sont toujours consacrés à un travail entre militants. Dans ce cadre, une formation écosocialiste était à disposition de tou-te-s.

D’un côté Mathieu Agostini animait celle sur l’introduction à l’écosocialisme, de l’autre j’ai eu le plaisir de présenter le projet de loi du gouvernement sur la transition énergétique, et d’expliquer en quoi ce projet ne cherche qu’à appeler le nucléaire au secours du capitalisme vert. Cinq séances riches, complètes à chaque fois, qui ont permis de réunir 200 personnes sur chaque thème, avec des camarades passionnés, attentifs, et des rencontres et des conversations prolongées qui ont alimenté la conscience écosocialiste, âme de notre projet politique.

A la suite et dans la continuité de ces formations ont eu lieu deux débats, le premier sur la transition énergétique et les politiques climatiques, avec SDN38, Mathieu Agostini et ma participation. Le second dans un grand amphi archi comble, autour de « L’écosocialisme, nouvelle doctrine de l’émancipation humaine » animée par Corinne Morel Darleux et Eric Coquerel avec la participation de Liêm Hoang Ngoc (PS), François Ruffin (Fakir), Laurence Lyonnais (Ensemble), Francis Parny (PCF), Henri Peña Ruiz (PG), Christine Poupin (NPA). Malgré l’absence de Jérome Gleizes (EELV) ce fut un débat très prometteur quant à la possibilité de voir un large rassemblement autour du seul projet politique cohérent pour rompre avec la capitalisme.

La grande réussite de ce volet écosocialiste montre à quel point les militants du Parti de Gauche, depuis leur décision d’en faire le cœur de notre combat politique lors de notre dernier congrès, continuent de porter cet objectif, comprenant aussi qu’il est peut-être le seul capable de sauver la gauche demain.

La VIème République comme moyen

6eme

Le second temps fort de ce RM, ce sont les demies journées ouvertes à tous.

A cette occasion, nous avons appris que Martine Billard et Jean-Luc Mélenchon avaient décidé de quitter la co-présidence du Parti de Gauche. Si je n’ai pas très bien compris pourquoi Martine démissionnait et pourquoi les co-présidents, inscrits dans les statuts depuis notre dernier congrès, n’ont pas été renouvelés, j’ai par contre appris que le choix personnel de Jean-Luc avait pour but de lui permettre de fédérer autour de la VIème République et de préparer 2017. C’est un choix courageux et plein d’abnégation que nous ne pouvons que saluer.

Comme l’avait déjà montré Corinne Morel Darleux et à sa suite, Jean-Luc confirme par là qu’une démission peut être un engagement et non un renoncement comme certaines interprétations trop simplistes aimeraient qu’on le crut.

D’autant que cette annonce tombe dans un moment de convergences d’engagements dont la probabilité déstabiliserait plus d’un statisticien !

De la tribune de Eva Joly et Julien Bayou vendredi 22 août, à la décision de JLM fuitée le même jour, en passant par la démission provoquée de Arnaud Montebourg, porteur de la « Convention pour le 6ème République » (C6R) dimanche 24, en finissant par les propos de Jérôme Guedj sur BFM TV ce lundi 25 confirmant que seule une VIème République pouvait ouvrir une voie à gauche, si on ne se fiait qu’au calcul froid de la raison, on pourrait croire à une offensive construite pour créer une tête de pont pour la conquête de 2017. Mais au PG personne ne cherche à avoir des postes comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon, et surtout peu d’entre nous se voient aujourd’hui participer à une alliance avec Arnaud Montebourg dont la conscience écologique s’arrête à considérer le nucléaire comme une filière d’avenir, qui défend le capitalisme vert et milite pour l’exploitation des Gaz de schistes !

La tâche de Jean-Luc consisterait donc à fédérer autour de ce cadre vide et ouvert pour que chacun puisse y mettre ce qu’il croit le mieux pour l’Intérêt général et le Peuple ?

C’est alors un travail de titan que de vouloir unir autour de ce qui marque autant de différences entre notre vision, celle des Verts de Gauche, plutôt « fédéralistes », celle de ce qui reste de la Gauche du PS et même celle du NPA, plus axée sur les luttes que les institutions !

Par exemple, David Nakkache, très proche de Arnaud Montebourg, pointait en 2013 nos divergences fondamentales en disant :

« Nous devons pouvoir fédérer autour de la VIème République et la réforme des institutions vers un parlementarisme maîtrisé sans pour autant débattre des orientations économiques. A titre d’exemple, nous nous retrouvons avec François Bayrou et ses soutiens sur plusieurs réformes institutionnelles alors que nos visions économiques sont différentes…

La VIème république est l’occasion d’un débat ouvert sur les institutions, qui dépasse les positions partisanes et les oppositions sur les mesures économiques conjoncturelles. Lier de force la réforme institutionnelle avec un rejet de la politique économique libérale de l’UE condamne par avance tout consensus possible. »

Les remaniements ministériels successifs, les abus de pouvoir de toutes sortes, les politiques austéritaires, l’ambiance démocratique malsaine qui gangrène la France depuis plusieurs années, aboutissent à des comportements électoraux inquiétants mais compréhensibles, que seul le passage à d’autres formes institutionnelles pourra résoudre. Mais si la VIème République est un élément essentiel, elle n’est que le cadre nécessaire et inséparable mais non suffisant dont nous avons besoin pour tendre vers un autre objectif, bien plus grand : l’écosocialisme.

Jean-Luc a donc fait un choix courageux qui change la donne. C’était le but.

Il faut maintenant que les militants du PG fasse le leur et fixent les lignes d’un projet clair pour savoir comment nous voulons inscrire notre projet écosocialiste dans ce mouvement.

La question qui se pose maintenant à nous est donc de savoir, non pas si nous suivrons cet appel, puisqu’il est au cœur de notre combat et que notre BN en a validé le principe, mais comment nous pouvons être utile, et comment nous souhaitons soutenir ce projet sans qu’il nous détourne de nos objectifs.

Le temps de confirmer nos choix

congres voteCette rentrée est donc importante car il se peut que ce qu’elle porte soit décisif pour l’avenir de la Gauche. Le temps de confirmer nos choix est donc venu et le nécessaire débat qui doit le nourrir doit se mettre en place. Avec l’arrivée de notre camarade Eric Coquerel, dont j’ai pu constater la franchise, l’abnégation et le courage politique lors de sa remarquable campagne pour les européennes dans le Sud-est, comme coordinateur politique de notre parti, ne doutons pas que nous aurons l’espace nécessaire pour le faire.

Lors de notre dernier congrès, nous avons entériné à l’immense majorité (et nos combats qui ont suivi en confirment la légitimité ) que l’écosocialisme était notre horizon. Nous avons par là fait connaître une position visionnaire, n’ayons pas peur des mots, qui porte en elle l’avenir nécessairement écologique de la gauche.

Mais cet écosocialisme que nous portons est inséparable d’une réforme institutionnelle, et aucune réforme institutionnelle ne serait aujourd’hui acceptable sans sa dimension écosocialiste.

A l’heure où nous avons consommé au 19 août ce que la planète met une année à produire, où le dérèglement climatique accélère, que les événements naturels exceptionnels qui en sont la conséquence se multiplient, que les réfugiés climatiques sont de plus en plus nombreux, que la pollution de l’air bat des records, …, à l’heure où le système capitaliste à l’origine de tout ça broie de plus en plus les Hommes, que les salariés du monde entier sont les premiers à souffrir de la crise économique et écologique, où les dividendes grimpent en flèche en écrasant les épaules des plus précaires, …, à cette heure là, réduire le combat pour une VIème République à une simple réforme institutionnelle serait une faute grave.

En somme, il me semble que notre travail, maintenant, est de faire comprendre et d’élaborer concrètement une République Ecosocialiste.

Considérer une nouvelle république qui ne rompe pas avec le capitalisme et le libéralisme serait en contradiction avec nos propres horizons politiques. Quelles que soient les conditions institutionnelles, le capitalisme s’en accommodera si la Volonté générale ne le bannit pas, et il saura au final en profiter et même en faire commerce. Le nazisme nous en a donné la preuve.

Comme donc nouvelle république il doit nécessairement y avoir, ses fondements sont de fait inséparables d’un combat contre le capitalisme et le libéralisme prédateurs.

En exigeant de nouvelles formes de productions partant de la demande, nous induisons l’institutionnalisation de nouveaux modèles décisionnaires qui intègrent de nouveaux droits constitutionnels pour les citoyens.

En posant l’écosocialisme nous induisons un lien entre le projet politique et son cadre institutionnel.

La base même de notre projet politique est celui de la VIème République, c’est l’inscription de la Règle Verte dans notre future constitution.

Il s’agit alors, dans notre démarche, de savoir comment nous pouvons articuler la Constituante qui donnera les nouvelles formes de cette République, et nos exigences écosocialistes. Sinon comment imaginer que le Peuple puisse se constituer sur la seule base des moyens institutionnels sans en saisir les fins ? Et quand bien même il se contenterait de marcher pour une VIème République, qui peut savoir si les conditions de sa reconstruction ne lui feront pas accepter un modèle pire que celui qui est le nôtre ? Mais il s’agit aussi, dans cette volonté fédératrice autour de ce thème de VIème République, de trouver des convergences entre une vision simplement juridique et formelle de la constitution ( allant jusqu’à François Bayrou si on en croit les « Montebourgeois ») et la nôtre, radicalement politique.

On ne fédère pas un peuple, on ne fédère que des individus en leur offrant la possibilité de choisir librement de jouer un rôle dans un projet qui construira alors l’unité du Peuple. On ne pourra donc pas demander au Peuple de se préparer à travailler à une Constituante avant même d’avoir ouvert des voies pour que ce Peuple se retrouve et se reconstruise dans une nouvelle appréhension de l’Intérêt général. Sinon la VIème sera une coquille vide. Pour lui donner du contenu, nous devons donc partir du constat affligeant que nous impose la crise climatique et ses conséquences écologiques, économiques et sociales de plus en plus terrifiantes, et travailler à des propositions et des actions écosocialistes concrètes auxquelles tout citoyen pourra prendre part.

Le temps des choix et du débat doit donc s’ouvrir au Parti de gauche, mais aussi au-delà des partis, à toutes et à tous, partout et rapidement, pour permettre de défricher les terres encore inconnues d’une République Ecosocialiste.

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Une réflexion au sujet de « Ecosocialisme et VIème République »

  1. Merci de si bien poser les termes de cette discussion qui devrait irriguer la vie des comités de militants PG dans les semaines et mois à venir.
    Vive la République Ecosocialiste !

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