Loi sur la transition énergétique (1/7) : Des objectifs affichés et la réalité du texte

Première partie – Introduction

Alors que le dérèglement climatique ne cesse d’augmenter, que la pollution de l’air devient euro_herbede plus en plus difficile à gérer, que la précarité énergétique fait des ravages et que la santé et la sécurité des travailleurs et des citoyens sont de plus en plus menacées par nos comportements, le projet de loi pour la transition énergétique aurait dû être l’occasion de transformer en profondeur notre système énergétique et nos consommations. Mais non ! La croissance est première, et décide de tout. Ségolène Royal et le gouvernement Hollande (accompagnés par une partie d’EELV) sacrifient la bifurcation écologique nécessaire sur l’autel du libéralisme et de la politique de l’offre, pour satisfaire les intérêts du Capital.

Le titre de cette loi pourrait suffire à en comprendre les tenants et les aboutissants :

 » Projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte « 

Afin d’atteindre cet objectif réel (« pour ») qu’est la croissance verte, la loi s’appuie sur trois principes porteurs :

    • La libéralisation du marché de l’énergie
    • Le choix gouvernemental de l’austérité
    • Le maintien à tout prix (et celui-ci est élevé) du nucléaire

Les objectifs affichés de la Loi qui visent à diminuer de 40% nos émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2030 par rapport à 1990 et à les diviser par 4 en 2050, à réduire notre consommation d’énergie finale de 50% en 2050 par rapport à 2012 et à porter à 32% la part des énergies renouvelables (EnR) en 2030, sont louables.

Seulement que pouvait-on attendre de moins dans une loi pour la transition énergétiquei ?

Et ce ne sont que des objectifs affichés ! Les conditions pour y parvenir sont, quant à elles plus qu’aléatoires. Pour les unes elles sont déjà obsolètes, pour d’autres très insuffisantes et pour les reste contre-productives.

Cette loi est présentée pour la transition énergétique mais surtout pour la croissance verte dont on sait ce qu’elle cache : de la croissance du PIB et un illusoire capitalisme vert.

La croissance, c’est celle du PIB, c’est de la croissance tout court, c’est-à-dire de la surconsommation, de la production des biens inutiles tout en trouvant les moyens de les rendre nécessaires (comme le montre le mythe de la voiture électrique propre analysé ici).

Ainsi, pour satisfaire la croissance tout en laissant croire qu’on fait de l’écologie, il faut produire encore plus d’électricité en disant qu’il pourrait y avoir des énergies propres comme le fait l’Exposé des motifs qui accompagne le texte de loi :

« l’essor d’énergies propres qui réduiront les charges financières de la nation et des ménages ainsi que l’impact environnemental et sanitaire des énergies fossiles importées, lourdement émettrices de gaz à effet de serre »

Exposé des motifs, page 2

En une phrase, présentée comme l’un des deux piliers de la loi, on retrouve le flou volontaire qui traverse le texte.

D’abord, il n’y a pas d’énergies propres. Toutes ont un bilan carbone et la seule énergie propre est celle que nous ne consommons pas.nuke eole

En tenant compte du bilan carbone en terme d’analyse de cycle de vie (ACV)ii qui comprend l’extraction de la matière première, la production et la consommation, le classement est le suivant pour les principales source d’énergie :

Bilan carbone ACV en gCo2/kWh
(source RTE, Ministère de l’écologie, Ademe)

  1. Charbon  : 1000
  2. Fioul : 1000
  3. Gaz naturel  : 400
  4. Nucléaire  : 70
  5. Géothermie électricité  : 70
  6. Solaire photovoltaïque  : 50
  7. Hydraulique : 20 à 40
  8. Éolien : 20 à 23
  9. Biomasse électricité  : 15

Toute production d’énergie a donc un bilan carbone et engage des pollutions et des contraintes plus ou moins importantes.

Par exemple, il faut du lithium pour produire des panneaux solaires. Ce n’est pas une ressource renouvelable, et son exploitation pousse entre autre à l’accaparement des terres par les grands multinationales.

Nous ne pouvons donc pas faire du développement des EnR un objectif isolé de la sobriété. C’est pourtant ce que fait le projet de loi en favorisant la consommation d’électricité et en livrant ce développement au marché.

 

Ensuite, expliquer qu’en laissant le nucléaire au centre de notre mix électrique ( en lui donnant même encore plus de place, puisque cette loi nous emmène vers le tout électrique) on va réduire les charges financières de la Nation et des ménages, c’est une supercherie. L’industrie électronucléaire est à l’origine de la précarité énergétique que subissent plus de 8 millions de personnes en situation de précarité. 42% de français se disent en restriction volontaire de chauffage et en 2012 on a recensé 180 000 coupures de gaz et 400 000  d’électricité (soit 80 000 de plus qu’en 2011). Cette précarité s’accentuera à cause du nucléaire et de son coût qui va devenir très vite exorbitant (nous le verrons dans la partie 6/7).

Enfin, on nous dit qu’il s’agit de réduire aussi « l’impact environnemental et sanitaire des énergies fossiles importées ». Très bien ! Mais pourquoi préciser « importées » ? Est-ce pour dire que les énergies fossiles qui ne seraient pas importées auraient moins d’impact environnemental et sanitaire ? Est-ce pour laisser la porte ouverte à l’exploitation prochaine des gaz de schistes sur notre territoire ?

Voilà donc un pilier bien fragile qui met en évidence les confusions entretenues dans ce projet et le fossé entre les affichages et la réalité.

Les objectifs écologiques de ce projet apparaissent alors comme circonstanciels et ne servent qu’à masquer le prolongement de notre production d’électricité nucléaire et à accélérer la libéralisation du marché de l’énergie.

C’est ce dernier point que cherchera à expliquer le prochain billet : LTECV – Un projet libéral avant tout

 

à suivre…

 

ii bilan d’émission de dioxyde de carbone (Co2) par source d’énergie en amont et en aval de la production de cette énergie dont les émissions de Co2 liées à la construction des infrastructures.
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3 réflexions au sujet de « Loi sur la transition énergétique (1/7) : Des objectifs affichés et la réalité du texte »

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