Loi sur la transition énergétique (4/7) : Le nucléaire au secours du capitalisme vert

Le dernier axe porteur de ce projet de loi, c’est la sanctuarisation du nucléaire.

Là encore, les députés Verts ont eu beau tenter de faire subrepticement glisser leur volonté de sortir du nucléaire vers leur joie d’une « sortie du tout nucléaire », leurs militants ne s’y sont pas trompés et nous non plus.

La France n’était pas dans le tout nucléaire (expression sans aucun sens) et la nouvelle loi ne prévoit aucune diminution du nucléaire. Au contraire, elle inscrit dans le marbre la préservation de la puissance installée actuelle (63,2 GW) et elle valide l’idée du prolongement des centrales jusqu’à au moins 40 ans.

Un baisse réelle du nucléaire ?

La loi et ceux qui la soutiennent,nucleaire-partsannoncent une baisse du nucléaire. Il s’agit en fait d’une baisse de la part du nucléaire dans notre mix électrique qui passera de 75% aujourd’hui à 50% en 2025. Mais passer une part de 3/4 à la moitié n’induit pas nécessairement que la part est plus petite, si le gâteau est plus gros ! C’est toute la subtilité que cache le maintien de la puissance installée actuelle dans la loi. Ainsi, et au risque qu’on me démontre la fausseté de l’analyse, je me suis livré à un calcul, somme toute assez simple mais très éclairant :

  • Notre production d’électricité en France pour 2012 est de 541 TWh et notre consommation de 490 TWh.
  • 75% de cette production provient du nucléaire soit 405,75 TWh.
  • Sachant qu’EDF est une entreprise à logique libérale et capitalistique et le sera de plus en plus puisque son capital risque encore d’être ouvert.
  • En admettant donc logiquement qu’EDF va chercher à faire les plus grands bénéfices possibles, c’est-à-dire rentabiliser son parc au maximum.
  • Si la puissance installée reste la même, pour des questions de rentabilité, EDF devrait donc produire, a minima (car on sait que le nucléariste veut améliorer le taux de disponibilité de ses centrales), la même quantité d’électricité d’origine nucléaire qu’aujourd’hui.
  • Si nous passons la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité en 2025 et que la puissance installée reste la même, donc que la production sera équivalente pour préserver la rentabilité du parc, 405,75 TWh de production nucléaire représentera 50 % de la production totale d’électricité.
  • Ainsi notre production totale devrait donc atteindre 811,5 TWh.
  • Puisque nous produisons aujourd’hui 541 TWh, on peut donc en conclure que nous augmenterons de 50 % notre production d’électricité !

Où ira donc cette surproduction ? A l’exportation ? Nos exportations d’électricité ont été de 44 TWh en 2012 mais avec un retrait de 21 % par rapport à 2011. Il faudrait donc imaginer que nous passions à 391,5 TWh d’exportations pour écouler notre production ! Ce serait alors imaginer que nos voisins seraient prêts à ruiner leurs économies.

Il faut plutôt croire que c’est à une surconsommation d’électricité que nous aurons droit. Une fois encore, comme dans les années 70-80 avec le chauffage électrique, il faudra inventer des marchés, créer des besoins, inciter à consommer. Tout cela à cause de la faiblesse du gouvernement français de céder aux lobbies du nucléaire, contre toute attente démocratique.

Ce projet de loi favorise donc bien le nucléaire et c’est la raison pour laquelle Ségolène Royal a répété à l’envie qu’elle ne voulait pas opposer les différentes sources d’énergie. La comparaison aurait mis en évidence ce déséquilibre. C’est d’ailleurs la seule fois dans tout ce processus que la concurrence n’a pas été mise en avant comme moteur des décisions !

titom nuke

Et voilà, les fuites sont colmatées !

Au final, la loi protège les lobbies du nucléaire et nous enracine pour au moins 60 ans de plus dans la production d’électricité atomique puisqu’elle :

  • détricote dangereusement la réglementation concernant le démantèlement des centrales en dessaisissant l’ASN de ses prérogatives,
  • autorise et induit de fait le prolongement des réacteurs obsolètes jusqu’à au moins 40 ans,
  • favorise les grands industriels de l’énergie renouvelable qui sont aussi les grands opérateurs du nucléaire,
  • maintient la production d’électricité nucléaire tout en baissant sa part dans le mix, donc augmente la production totale, donc la surconsommation,
  • subventionne les dispositifs consommateurs d’électricité ( voiture électrique individuelle) donc continue de subventionner le nucléaire en laissant croire que c’est une énergie peu chère (voir partie 6/7),
  • propose une Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) de deux périodes de cinq ans, dont la seconde ne sera qu’indicative ! Ces temps courts de décision, comparés aux temps longs que nécessite l’industrie nucléaire (30, 40, 50 ans) et le déploiement des énergies renouvelables, est une façon de renoncer à faire des choix en la matière, donc à faire que la prolongation des centrales et le renouvellement du parc deviennent une nécessité de fait,
  • entérine la prolongation des réacteurs périmés jusqu’à 40 ans et, de fait, encourage la construction de nouveaux EPR.

En faisant ce choix de privilégier le nucléaire, le gouvernement est contraint d’aller contre les préconisations de la commission d’enquête sur le coût du nucléaire et contre celles de la Cour de Comptes, émises début 2014. Chose étrange puisque Denis Baupin, rapporteur de cette commission d’enquête, a aussi soutenu cette LTE !?

On pourrait en rire si les problèmes soulevés par l’industrie électronucléaire n’étaient pas de plus en plus graves, au-delà même de ceux liés à l’accident, et s’ils n’allaient pas finir par devenir insurmontables pour la France.

Les trois dernières parties de notre analyse aborderont ce problème.

à suivre …

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4 réflexions au sujet de « Loi sur la transition énergétique (4/7) : Le nucléaire au secours du capitalisme vert »

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