Loi sur la transition énergétique (5/7) : Les mauvais coûts du nucléaire

Depuis son implantation arbitraire en France, on nous vend un nucléaire pas cher. Mais aujourd’hui, tout le monde s’aperçoit de la supercherie et tout le monde s’inquiète de savoir comment on va payer ce mensonge économiquement bien sûr, mais aussi socialement et écologiquement. C’est la raison pour laquelle une Commission d’enquête relative aux coûts passés, présents et futurs de la filière nucléaire, à la durée d’exploitation des réacteurs et à divers aspects économiques et financiers de la production et de la commercialisation de l’électricité nucléaire, a été mise en place en 2014. Le rapporteur, Denis Baupin, attirait l’attention sur des questions cruciales, dont la loi de transion énergétique qu’il a pourtant soutenue ne tient étrangement pas compte.

Comment donc appréhender le coût réel du nucléaire ? Il ne peut pas se réduire à son seul coût de production. Il est plus juste, pour considérer le problème dans toutes ses perspectives, de l’aborder suivant trois axes :

  1. Le coût social
  2. Le coût de production
  3. Le coût humain

1- Le coût social

Nous appelons « coût social » le coût que supporte la société dans son ensemble. Pour le nucléaire, il inclut :

  • La précarité énergétique

En France, il y a plus de 8 millions de personnes en situation de précarité énergétique. 42% de français en restriction volontaire de chauffage et en 2012 on a recensé 180 000 coupures de gaz et 400 000  d’électricité, 80 000 de plus qu’en 2011 !

Cette précaritéactu_11248_vignette_bandeaufiche est avant tout due au nucléaire. Depuis les années 70, EDF et AREVA, pour vendre leur électricité, ont organisé le mode de chauffage par convecteurs électriques dans les logements. Peu chers à l’achat pour les propriétaires, posés dans des passoires thermiques, la charge a été transférées sur les ménages qui se sont retrouvés avec des factures exorbitantes. L’illusion de l’électricité pas chère a alors provoqué un gaspillage et une dépense de plus en plus indépassable pour les Français qui, n’ayant pas le choix, sont obligés de vivre dans des logements pas chers, parce qu’équipés de « grille pain » ruineux.

En France, le prix au kWh d’électricité est 42% moins élevé qu’en Allemagne mais la facture finale des ménages allemands est moins élevée. Nous consommons 70% d’électricité en plus que nos voisins.

La conséquence tristement remarquable est l’extrême thermo-sensibilité de la France. Cela signifie que lorsqu’en période hivernale la température extérieure baisse de 1°C dans l’Union Européenne, la zone consomme 5000 MWh d’électricité en plus. Et que sur ce surplus, la France en engouffre la moitié à elle seule alors que la population française représente seulement 12,5 % de la population de l’UE ! Nous sommes donc extrêmement thermo-sensibles, c’est-à-dire que notre consommation monte en flèche à la moindre baisse des températures.

  • Le coût environnemental

Il est colossal !

Nous pouvons d’abord y inclure la dépollution des sites d’extraction de l’uranium. Il s’agit alors des graves ravages environnementaux au Gabon et au Niger où des milliers de dechets nukepersonnes souffrent des conditions de vie imposées par les mines d’uranium exploitées par AREVA, mais aussi en France.

Ensuite, il faut tenir compte des nombreux incidents révélés par l’ASN et les associations environnementales françaises pour des taux anormaux de tritium, des fuites radioactives, des émanations,… 2013 a été l’année record des incidents alors que l’ASN a montré qu’on a dépassé les 1000 incidents en 2010. Le vieillissement de nos réacteurs n’y est pas pour rien et notre parc périmé, malgré les travaux du grand carénage, ne fera que se dégrader lentement, donc être plus dangereux, plus polluant, plus cher.

On ne peut pas non plus ignorer le problème du stockage des déchets dont le projet CIGEO à Bure montre toutes les incohérences et les dangers à très long terme.

Enfin, il s’agit de prendre en compte le coût environnemental du démantèlement impossible de nos centrales qui va faire peser sur les générations futures le poids de notre insouciante boulimie.

  • L’indépendance énergétique

C’est la plus grande tromperie de l’industrie électro-nucléaire, entretenue par tous les gouvernements !

En juillet 2012, le Commissariat général au développement durable, dans son « Bilan énergétique de la France pour 2011 » nous attribuait un taux d’indépendance énergétique de 53,5 %. Seul problème, dans ce calcul n’est pas pris en compte l’uranium ! Comme si les centrales produisaient de l’électricité à partir de rien. Si on calcule ce bilan avec l’uranium entièrement importé et le bilan énergétique catastrophique d’une centrale(1) , notre taux d’indépendance tombe en dessous de 10%  !

Nous sommes donc totalement dépendant du nucléaire qui lui est entièrement dépendant des importations d’uranium.

Il faut alors ajouter à cette illusion les lourdes conséquences des guerres et nos comportements néo-colonialistes qui permettent d’assurer notre approvisionnement en uranium (Mali).

Et c’est sans compter les investissements plus que hasardeux d’AREVA dans des mines d’uranium fantômes comme le projet Uramin.

  • Les risques encourus par les populations

C’est le coût le plus mis en avant. Les catastrophes de Fukushima et de Tchernobyl devraient être riches d’enseignement mais ce n’est visiblement pas le cas.

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A Fukushima, c’est bien le nucléaire et l’impérialisme pour lequel il a été mis en place qui doivent assumer la responsabilité des ravages sur la population et la nature. Seulement le bon sens n’est pas ce qui guide les nucléaristes et les pollueurs en général. Au Japon, après que des plaintes ont été déposées contre Tepco et l’ancien Premier ministre, la justice a statué que la catastrophe était liée à un événement naturel imprévisible. Ce raisonnement induit qu’il n’y a donc pas de responsabilité en cas d’accident nucléaire lié à des conditions naturelles ! Comme s’il n’était pas de la responsabilité de ceux qui imposent ces centrales de fournir une sûreté absolue en la matière. C’est pourtant une sécurité absolue qu’on nous vend en France. Faudra-t-il attendre l’accident pour voir qui est responsable ?

  • Le déni de démocratie

C’est un coût social non négligeable puisqu’il entretient des rapports conflictuels entre les « pro » et les « anti » nucléaire et qu’il met notre société dans l’illusion.

Des violences à Creys-Malville en 1977 à l’impossible débat sur le nucléaire depuis son installation, en passant par l’annulation des débats à Bure, l’opacité sur ITER, l’absence du nucléaire dans le Débat national sur la transition énergétique, la chape de plomb sur la reconnaissance des maladies du travail par EDF, l’exploitation des sous-traitants du nucléaires rendus invisibles (voir partie 7/7), les pressions des lobbies pronucléaires, l’industrie électronucléaire et les gouvernements qui l’ont protégée n’ont eu de cesse d’entretenir l’opacité, le mensonge et même le chantage sur des populations et des communes qui ont copieusement été arrosée d’argent et de financement locaux.

L’impossible débat sur notre principale source de production d’électricité et le principal danger industriel que doit supporter la France, est le parfait exemple de négation des droits de chaque citoyen-ne.

A ce coût social viendra s’ajouter le coût de production, le plus opaque et le plus incalculable de tous les coûts, aussi étrange que cela puisse paraître.

Ce sera l’objet de notre prochaine partie.

à suivre…

1 – Les pertes par refroidissement des centrales en France sont de 33% puisque 1/3 de la chaleur se disperse dans la nature pour le refroidissement. Cette perte représente de l’ordre de 900 TWh, soit plus que tout le chauffage de tous les bâtiments et de tous les logements de France !

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8 réflexions au sujet de « Loi sur la transition énergétique (5/7) : Les mauvais coûts du nucléaire »

  1. Ping : LTECV – Loi sur la transition énergétique pour la croissance verte : pourquoi j’aurais voté contre | à brûle PourpoinG

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