Pourquoi un Rassemblement citoyen écologique et solidaire ?

Un peu partout sur les réseaux et par email circulent appel à l’unité à gauche pour les Régionales en Auvergne Rhône-Alpes et interpellations plus ou moins violentes mais toujours critiques à l’égard du Rassemblement construit autour de citoyens non encartés, du Parti de Gauche et Ensemble! (membres du Front de Gauche), EELV, Nouvelle Donne et la Nouvelle Gauche Socialiste. Silencieux depuis que les instances du Parti Communiste Rhône-Alpes Auvergne ont fait entériner leur volonté de partir seuls dans ces élections par leurs adhérents, il devient aujourd’hui impossible de se taire face à ce qui est une véritable campagne de désinformation et de nuisance qui laissera des traces. A travers une série de fausses vérités, ce sont des militants, des amis, des camarades qui se retrouvent pris en otages, sommés de se rallier à un seul point de vue. Étrange campagne pour l’unité alors que dès le mois d’avril, contre notre volonté, était mis fin au travail Front de Gauche que Ensemble ! et le Parti de Gauche avaient proposé pour arriver forts et unis pour ces échéances. Étrange aussi l’écho de cet appel à l’unité aujourd’hui alors que celui que nous avions lancé début juin, quand tout était encore permis, est resté sans réponse…

Mais comme cette situation interroge tous ceux qui, attachés au Front de gauche, espéraient son unité à l’occasion de cette échéance importante, à la suite de ma camarade Corinne Morel Darleux avec qui nous avons vécu cette période depuis le mois d’avril, à mon tour de témoigner personnellement pour donner à comprendre le déroulé des événements à celles et ceux que je sais sincères.

Un Front de Gauche fort mais élargi et autonome

Le Parti de Gauche porte depuis des années, avec d’autres, la volonté d’élargissement du Front de Gauche dont les acquis ne doivent en aucun cas être reniés. C’est dans cet esprit qu’au niveau national, le PG a envoyé une Lettre ouverte aux organisations du Front de Gauche, d’EELV, Nouvelle Donne et NGS pour proposer un certain nombres d’éléments constructifs qui permettent des Rassemblements larges dans plusieurs régions. Le FDG et l’Humain d’Abord n’appartiennent à personne et en tant que cartel de partis, il ne pourra espérer faire de son expérience une force que s’il la met au service d’autres choses que des organisations qui le constituent et s’il réussit à se dépasser. Ce dépassement est sa seule option pour être au cœur de l’opposition au libéralisme et au capitalisme destructeurs qu’ils soient incarnés par la droite et l’extrême droite. Ce dépassement n’est pas un effacement mais au contraire sa mise au service des citoyens qui veulent renverser la table et changer la donne.

Depuis plus de 6 mois, lors de nos rencontres FDG, nous avons donc toujours défendu l’idée d’un Front de Gauche fort dans un Rassemblement plus large.

pgfdgNous avons alors proposé à nos partenaires communistes, avec E !, d’une part de lancer un travail de construction d’un projet FDG dans les départements, ouvert largement, et d’autre part une rencontre avec les autres forces politiques de la gauche anti austérité, donc en dehors du PS. Dans un premier temps cela avait été accepté par les responsables PCF qui ont pourtant décidé de mettre fin à cet engagement commun quelques jours après pour des raisons peu compréhensibles au vu des enjeux. Nous avons évidemment respecté leur choix mais nous ne nous sommes pas résignés et avons voulu tout de même maintenir la rencontre de toutes les organisations de gauche sans le PS. Malheureusement, là encore, nous avons constaté que la volonté affichée du PCF (et affirmée clairement par François Jacquard, Conseiller régional sortanti) de discuter d’un projet d’une liste commune avec le PS dès le premier tour, était un point de divergence important. Cette volonté sera confirmée quelques jours plus tard dans une lettre publique du PCF « aux forces de gauche et écologistes » dont le PS, pour faire un « Pacte régional ». Cette lettre était une réponse qui reprenait les termes d’un courrier de Jean-Jack Queyranne appelant tous les partis de gauche à le rejoindre.

Le choix d’arriver devant le PS au premier tour

Le PCF affirmant en plus clairement que son objectif n’était pas d’arriver devant le PS -alors que pour nous c’est la seule possibilité de barrer la route aux idées réactionnaires de Laurent Wauquiez et de faire que notre projet l’emporte au second tour- en tant que membres du FDG et attachés à ce qu’il porte, nous avions deux choix :

  • soit renoncer à un Rassemblement large pour attendre que le PCF rencontre le PS et que leurs négociations aboutissent ou non,

  • soit tenir notre cap en espérant que le PCF comprenne vite l’impasse politique d’une liste commune avec le PS comme le pensaient déjà bon nombre de ses militants, et qu’il nous rejoigne très vite.

Les communistes n’ont pas été exclus et nous n’avons pas cherché à faire une nouvelle alliance électorale mais avons fait le choix de continuer le travail de mise à l’épreuve de nos convergences avec ceux qui voulaient construire un projet majoritaire et ne voulaient donc pas d’accord avec le PS : Ensemble !, EELV et Nouvelle Donne.

Nous avons dès lors pris le temps du débat argumenté sur les points notamment qui risquaient de faire divergence entre nous sur le refus de la réforme territoriale, des politiques libérales et d’austérité du gouvernement PS, sur la question de la république et de la laïcité, de la désobéissance européenne sur le Tafta par exemple, du refus de la privatisation du rail et de l’énergie, le refus des aides économiques aux multinationales qui font des profits et licencient ou se domicilient dans les paradis fiscaux… Sur tous ces points nous avons vérifié et confirmé ce que nous pressentions par nos votes communs lors du dernier mandat : que nous étions tous en phase au niveau régional. De ces heures de discussions et d’échanges constructifs sont nés un socle et une charte éthique communs qui ont défini le périmètre de notre accord politique.

Pendant que JJ Queyranne proposait au PCF « 13 élus en cas de victoire et 2 têtes de listes de sections départementales – et un groupe en cas de défaite », les Assemblées générales de EELV, Nouvelle Donne, Ensemble ! et du Parti de gauche votaient pour Le Rassemblement, validaient le socle et la Charte éthique et lançaient un site contributif, rendant publics ses premiers engagements avec un large appel citoyen : http://auraencommun.fr/

Le cumul des mandats : un prétexte ?

Après la décision de la conférence régionale du PCF de ne pas partir avec le PS dès le premier tour, le point d’achoppement avec Le Rassemblement a été le non-cumul des mandats inscrit dans notre charte. Évidemment, sur cette exigence, nous aurions pu choisir d’autres limites : imposer le mandat unique (ce qui reste discutable), la révocabilité des élus, … Mais quelques soient les limites que nous aurions pu choisir, celle de ne pas accepter le cumul d’un mandat national de parlementaire et d’un mandat régional était le minimum, comme d’ailleurs le PCF local l’a accepté en Midi-Pyrénées Languedoc Roussillon et le fera sûrement en PACA et Île-de-France.

Pourquoi ce qui a été possible là-bas ne l’est pas ici ? Comment penser redonner le goût de la politique et d’aller voter à nos concitoyens sans faire les premiers pas vers une démocratie renouvelée ?

La VIème République, le PG la porte depuis longtemps. C’est presqu’en insulter ses défenseurs que de croire qu’une telle proposition de non-cumul ne soit avancée que dans l’intention de faire obstacle à quelques personnes ! D’ailleurs, il n’est pas question dans cette charte, contrairement à ce qui était inscrit sur le bulletin de vote soumis aux adhérents du PCF, d’interdire à des élus nationaux d’être candidats, même pas qu’ils soient éligibles pour peu qu’ils annoncent qu’ils démissionneront de leurs mandats nationaux s’ils sont élus. Il ne seraient évidemment pas pensable que ce soit les nouveaux mandats de Conseillers régionaux qui soient abandonnés au lendemain de l’élection ; ce serait terrible pour la suite. Les membres du PG ont d’ores et déjà annoncé qu’ils démissionneraient de leurs fonctions pour respecter la charte s’ils étaient élus. Comme nous l’avons porté depuis le début, cette élection, et plus particulièrement en Rhône-Alpes Auvergne où une alternative peut l’emporter, est le moment ou jamais de changer de comportement.

André Chassaigne, depuis plusieurs mois, dit et redit publiquement que sa candidature n’est pas un point central et qu’il sera là où il sera le plus utile pour faire réussir un Rassemblement large. C’est tout à son honneur et nous avons toujours accueilli sa position avec reconnaissance. Il est donc d’autant plus incompréhensible que tout à coup l’exigence pourtant légitime du non-cumul devienne un problème ! Pas plus nous ne pouvons être accusés de vouloir le non-cumul pour interdire à des personnes précises de se présenter, pas plus nous n’osons imaginer que cela devienne un problème pour mettre la pression sur Le Rassemblement ou pour l’empêcher. Le problème n’est donc peut-être pas que le cumul des mandats mais bien l’idée que nous avons d’un Rassemblement citoyen dont nous jugeons de la nécessité dès aujourd’hui.

Des citoyens à part entière

rassemblement

Le périmètre politique du Rassemblement que nous proposons repose sur la présence de citoyens non-encartés comme une part entière dans la construction du programme, sur les listes en positions éligibles et dans l’Assemblée représentative qui décidera des grandes orientations de la campagne et suivra tout le mandat. Plus question de faire des non-encartés de simples extensions plus ou moins masquées des partis. Il s’agit là d’une exigence essentielle qui seule peut permettre aux partis de se mettre réellement au service d’autres choses que d’eux-mêmes. Là encore il n’y a pas eu accord, le PCF restant sur l’idée que les candidats non-encartés doivent rester à la discrétion de chaque parti. Il n’a pas été possible non plus de faire accepter un accord de gestion alors que leurs élus l’avaient pourtant fait avec le PS en 2010.

Nous sommes conscients du chemin qu’il reste à parcourir aux partis pour vraiment être en phase avec les aspirations actuelles et légitimes. Mais il nous semble que nous faisons des progrès, peut-être pas assez rapides pour tout le monde, peut-être pas comme certains voudraient. Mais qui aurait pu imaginer que certaines tentatives de dépassement du FDG lors des élections départementales trouvent un écho aussi grand aujourd’hui lors des régionales ?

De nos discussions avec des citoyens non encartés est ressortie une multitude d’attentes et d’idées. Il s’agit donc maintenant de mettre en place une Assemblée représentative souveraine pendant toute la campagne mais qui a aussi vocation à siéger au-delà des élections, pendant tout le mandat pour permettre la consultation et le contrôle citoyen sur lequel reposera l’action de nos élus du Rassemblement au Conseil Régional.

Nous allons aussi construire un dispositif très ouvert et collaboratif pour que chacun puisse participer à la validation du programme que nos élus porteront dans leur mandat. Des cafés citoyens ont déjà eu lieu un peu partout dans nos deux régions, de nombreuses initiatives d’éducation populaire et de rencontres avec les électeurs commencent à fleurir. Nous travaillons aussi avec les réseaux syndicaux et associatifs qui s’intéressent à cette démarche nouvelle et à ce qu’elle peut provoquer en terme de renouvellement des pratiques et de projet. Car pour nous, en politique, les deux sont liés. La fin et les moyens.

En un mot il s’agit que tou-te-s celles et ceux qui ne peuvent se résigner à la montée des idées d’extrême-droite, à une austérité mortifère, à un socialisme défiguré, à une République et des pratiques politiques à bout de souffle, se retrouvent enfin unis pour faire corps et porter un projet majoritaire au-delà de nos simples partis. Nous portons donc l’esprit fondateur du FDG mais nous considérons qu’il ne peut plus continuer de témoigner, il faut maintenant qu’il travaille à son dépassement pour devenir majoritaire.

Le FDG vit et vivra !

Nous devons donc faire le constat que nous ne sommes pas encore tous sur la même idée de ce que doit être demain. Mais le FDG n’est pas mort et la seule chose qui pourrait signer sa fin serait que les partis qui le composent se l’accaparent. Le FDG est une méthode pour conquérir le pouvoir et permettre une alternative. C’est pour cela que son dépassement est essentiel.

Pour notre part, nous nous refusons à instrumentaliser l’Humain d’Abord et ne ferons rien qui facilitera l’hégémonie du PS. Notre choix d’autonomie dès le premier tour a été clair dès le début. Nous avons toujours voulu unir largement autour des valeurs du FDG pour éviter qu’une division au premier tour ne serve que Jean-Jack Queyranne, courroie de transmission fidèle de la politique gouvernementale. Le PG avait déjà refusé de participer aux exécutifs avec le PS en 2010 et n’avait accepté une fusion de liste de second tour que pour que ses électeurs du premier soient légitimement représentés au Conseil Régional. Prétendre faire une liste FDG sans le PG, sans Ensemble ! et sans la méthode ne serait pas en accord avec ce que nous portons depuis sa création et que nous avons si bien réussi à faire aimer en 2012.

Quant à l’accusation de faire alliance avec EELV qui, au parlement vote pour les lois qui encouragent l’austérité, elle est pour le moins étrange sauf à considérer que là où le FDG dans son entier a fait alliance avec EELV l’argument ne vaudrait plus ? Mais plus encore, le départ en masse de ces députés EELV qui ont voté les lois les plus régressives au côté du PS est la conséquence de la volonté des militants écologistes de se repositionner sur leur gauche. Ce serait donc une erreur politique de refuser cette unité sur cet argument de politique nationale puisque c’est justement d’avoir travaillé, entre autres ici sur AURA, à ce rapprochement FDG-EELV qui a provoqué cette clarification dont nous avons tant besoin à gauche.

Maintenant : En mouvement citoyens !

Partout des militants du FDG sont présents dans des combats, des luttes, font des propositions, il est donc fort compréhensible que leur déception soit grande en ce moment. Mais il faut comprendre ce qu’est réellement le Front de Gauche pour ne rien voir de définitif là-dedans. Nous restons convaincus qu’il sera au centre de notre espoir demain. De nombreuses fois il a été ralenti par des visions différentes, bien souvent instrumentalisé et divisé par un PS qui appuie sur les points douloureux. Mais le FDG vit encore, fort de ses militants les plus acharnés et il s’en est à chaque fois relevé, chacun avançant à son rythme.

Chacun a fait ses choix. Le temps presse. Les souffrances du Monde s’accroissent et nous n’avons ni le cœur ni le droit de nous éterniser sur notre sort. Les citoyens attendent autre chose de notre part. Nous ne voulons pas nous contenter de témoigner et un projet alternatif de gauche, écologique et social porté par une autre idée de la démocratie peut devenir majoritaire dans notre Région. Quand on a la charge d’un moment politique comme celui-là et qu’on s’y engage, il est important d’expliquer ses choix en toute clarté, pas de faire des procès expéditifs. Nous devons avancer, élargir et accentuer Le Rassemblement avec toutes celles et ceux qui, dans les partis et au-delà, en ont la volonté sincère. Face à Wauquiez et aux politiques austéritaires mises en place par le PS, il en va de notre responsabilité politique.

mvt citoyens

Le Rassemblement n’est pas un objectif figé mais un mouvement permanent qui trouvera son équilibre dans sa marche pour défendre un projet vraiment à gauche de développement des services publics, de mise en place de la transition écologique nécessaire, de résistance à l’austérité, de rétablissement d’une égalité menacée, le tout en faisant la promotion des valeurs de solidarité, de respect et de bienveillance, un projet qui conjugue résistances et alternatives pour reprendre la main, ensemble, et fonder un Conseil régional de la résistance populaire. Il ne s’agit pas pour nous d’avoir raison mais de nous faire une raison : le Peuple est en marche, accompagnons-le.

En mouvement citoyens !

i Article du Dauphiné libéré du Ardèche du 10 juin 2015

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3 réflexions au sujet de « Pourquoi un Rassemblement citoyen écologique et solidaire ? »

  1. C’est juste : pas de temps à perdre en atermoiements, l’urgence est de proposer une autre façon de vivre la politique.

  2. « Le périmètre politique du Rassemblement que nous proposons repose sur la présence de citoyens non-encartés comme une part entière dans la construction du programme, sur les listes en positions éligibles ». Ouaf ! Ouaf ! Quel enfumage ! Nous ne sommes pas à la Vague Citoyenne en Rhöne Alpes Auvergne, que je sache ;-).

  3. Ping : Instrumentalisation du Parti de Gauche Aura | à brûle PourpoinG

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